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Publié le : 7 juin 2018

Interview de Régis Juanico par BFM TV

Après les révélations de France Info de ce jour concernant « les petits arrangements de la campagne d’Emmanuel Macron » et plus précisément, les avantages tarifaires, connus ou cachés, dont il a pu bénéficier lorsqu’il était candidat à la Président de la République, j’ai été interrogé ce matin par BFM TV, en ma qualité d’ancien trésorier de la campagne de Benoît Hamon, pour réagir à ces informations et dénoncer le « deux poids, deux mesures » entre Emmanuel Macron et d’autres candidats.

Journaliste : Régis Juanico bonjour, vous êtes député socialiste de la Loire, vous avez été trésorier de la campagne de Benoît Hamon, vous êtes parfois passé par les mêmes fournisseurs, les mêmes salles que le candidat d’En Marche, est-ce que vous avez bénéficié des mêmes conditions que le candidat Emmanuel Macron ?

Régis Juanico : Ce que révèle l’enquête qui a été menée par la cellule investigation de Radio France, c’est qu’il y a eu pendant la campagne présidentielle, à prestation équivalente, deux poids deux mesures. Effectivement, pendant que nous, nous payions « plein pot » un certain nombre de prestations, Emmanuel Macron a pu bénéficier de remises extrêmement importantes de la part de prestataires. Encore une fois, le fait qu’il y ait des « ristournes » n’est pas illégal, mais elles doivent être justifiées par un volume d’affaires dans la durée, par exemple.

Après, qu’il y ait eu un certain nombre d’intérêts privés importants, je pense notamment à la société GL Events et à Eurydice, qui ont pu aider puissamment le candidat Macron notamment au décollage de sa campagne en lui offrant des facilités matérielles et des remises importantes, pour en tirer éventuellement des contreparties, je crois que ça mérite effectivement une enquête approfondie parce que là, il y aurait conflit d’intérêt.

Journaliste : Alors les prestataires ont déjà été interrogés, ce qu’ils répondent c’est que l’équipe Macron a très très bien négocié.

Régis Juanico : Ils disent aussi qu’ils ont fait des « prix d’amis ». Mais quand on a plusieurs candidats qui demandent la même prestation, je pense qu’on doit les traiter de la même façon. Et je ne comprends pas que la Commission Nationale des Comptes de Campagne n’ait pas pu faire cette comparaison entre les différents candidats. Certes, il y a un manque de moyens matériels et humains pour vérifier que la législation a bien été respectée, mais il y aurait dû avoir cette comparaison et des explications auraient dû être données.

Ce qu’on nous dit aussi dans cette enquête, c’est qu’il y a eu un certain nombre de devis où on a occulté purement et simplement un certain nombre de prestations.

Il y a donc nécessité à investiguer plus en avant, et à vérifier que ça correspondait bien à des remises commerciales légales, et pas à des avantages en vue d’obtenir des contreparties, ultérieurement et ça, c’est ce qu’on appelle le conflit d’intérêts, et là-dessus nous allons être extrêmement vigilants.

Journaliste : Régis Juanico, il y a la question de la sincérité des comptes de campagne, et il y a la question de ce que sait le candidat précisément de ces arrangements qui peuvent être conclus. De votre connaissance, on est au courant quand on est candidat que ça se gère comme ça ?

Régis Juanico : Non, le candidat à l’élection présidentielle n’est pas au courant des détails qui sont négociés par son trésorier, par son équipe de campagne et par son secrétaire général dans les relations avec les prestataires. C’est le rôle de la Commission Nationale des Comptes de Campagne de bien éplucher les factures, tout comme l’ont fait vos confrères de Radio France. Aujourd’hui, la Commission n’a pas les moyens humains de le faire pendant la campagne présidentielle. Pendant les campagnes législatives, on nous demande de nous justifier pour la moindre facture, pour une salle qui coûte entre 30 et 50€. On doit donc être capable pour l’ensemble des candidats aux élections présidentielles de comparer et voir s’il y a des situations anormales. Encore une fois, je ne jette pas l’opprobre sur les prestataires, j’attends de voir s’il n’y a pas eu des contreparties pour eux.

Journaliste : Et on le sait comment ?

Régis Juanico : Et bien c’est aux journalistes pour le moment, et peut-être aussi à la justice de se pencher là-dessus. En tout cas, nous avions proposé pendant la campagne présidentielle avec Benoît Hamon une mesure très forte, qui était la publicité des dons de personnes physiques dans le cadre de la campagne électorale à partir de 2500€, pour que tous les citoyens puissent savoir qui finance qui.